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La restructuration de l'Institut français de Vienne intervient alors que l'Autriche venait de rejoindre l'organisation de la francophonie.[21 décembre 2005]
SALE TEMPS pour la francophonie en Europe centrale : l'Institut français de Vienne, en Autriche, cessera ses cours de français à partir du printemps 2006, victime des coupes claires affectant le budget des Affaires étrangères.
Mille cinq cents à deux mille étudiants, âgés de 7 à 77 ans, trouveront portes closes après le 28 février prochain, à la fin du semestre d'hiver. Dix-neuf fonctionnaires, dont dix-sept professeurs et deux secrétaires, sont touchés par cette mesure, qui affectera les cours généraux de français, destinés aux débutants de tous âges comme aux lycéens retardataires.
Officiellement, les cours de français ne s'arrêtent pas puisque l'Institut, sis dans les locaux du palais Clam-Gallas, sur Währingerstrasse, continuera de proposer des cours dits «à objectifs», c'est-à-dire consacrés au monde de l'entreprise, aux juristes ou à d'autres catégories professionnelles.
La restructuration suscite cependant l'inquiétude de la communauté française de Vienne. Les professeurs remerciés, qu'il s'agisse de licenciements secs ou de fonctionnaires de l'Éducation nationale rappelés dans l'Hexagone, ne seront remplacés que par des vacataires, par mesure d'économie. Les salles de classe seront quant à elles réoccupées par d'autres services diplomatiques, comme la mission économique, le consulat ou la Maison de la France, qui doivent jusqu'à présent acquitter des loyers élevés dans leurs locaux respectifs de Wipplinger et Argentinierstrasse. Cette décision entre dans le cadre du plan d'action stratégique du ministère français des Affaires étrangères (voir ci-dessus).
Le problème est qu'en Autriche l'offre de cours de langue française se réduisait pratiquement aux capacités de l'Institut, qui jouxte le Lycée français de Vienne. Après la fermeture des Instituts français de Graz et Salzbourg, le palais Clam-Gallas restait, avec le Lycée, la référence pour l'enseignement de la langue de Molière. En outre, le moment s'avère particulièrement malvenu. Le 1er janvier, la petite république alpine assumera la présidence de l'Union européenne pour six mois. Côté autrichien, l'ambiance est morose, justement.
L'Autriche venait le 20 mars dernier d'adhérer à l'Organisation de la francophonie (OIF) en qualité d'État observateur. Dans les milieux diplomatiques, il se murmure que Paris aurait pu choisir un autre moment pour réduire la voilure de l'Institut français. «C'est fort dommage, renchérit le francophile président de l'Assemblée nationale autrichienne, Andreas Khol, par ailleurs chef du groupe parlementaire franco-autrichien. L'Autriche est un centre très actif de la francophonie et les cours de l'Institut ont toujours eu énormément de succès. J'espère qu'il est encore temps de revoir cette décision.»
Les autorités françaises, confrontées à l'ire de la communauté française expatriée et la circonspection du gouvernement autrichien, ne sont pas au bout de leurs peines : des plaintes en justice devraient voir le jour à la rentrée. La loi autrichienne, qui prévoit une consultation préalable obligatoire des représentants du personnel avant toute mesure sociale, n'a pas été respectée lors de l'annonce, le 28 novembre dernier, de la restructuration des activités de l'Institut.
Maurin Picard