La France renforce sa diplomatie culturelle

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Alain Barluet

15 mai 2006, (Rubrique International)

Le ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, présente ce matin plusieurs mesures pour enrayer la baisse de l'influence française à l'étranger.

LA FRANCE mise sur le renforcement de sa diplomatie culturelle pour enrayer sa perte de notoriété en Europe et dans le monde. Dans un contexte marqué par les crises successives qui ont singulièrement dégradé l'image du pays, Philippe Douste-Blazy dévoilera ce matin plusieurs projets visant à «moderniser nos outils d'influence et de rayonnement dans des domaines aussi variés que l'éducation, la culture ou l'aide au développement». Un ambitieux chantier traversé par deux thèmes directeurs : rendre notre présence extérieure «plus visible, plus cohérente et plus efficace» et renforcer les liens avec les entreprises.

 

Dans cette optique de «lisibilité», le ministre annoncera une mesure-phare, la création d'une agence culturelle baptisée CulturesFrance. Elle sera chargée de promouvoir la création française à l'étranger dans toutes les disciplines y compris le livre et le cinéma, une première. Il s'agit d'un «British Council à la française», explique le principal initiateur du projet, Olivier Poivre d'Arvor, ex-conseiller culturel à Londres et directeur de l'Agence française d'action artistique (AFAA).

Partenariat public-privé

Autre annonce : la relance de la construction de lycées français à l'étranger grâce au partenariat public-privé. Une nouvelle formule qui se concrétisera d'abord au Caire où un nouveau lycée de 1 000 élèves sera construit cette année sur un terrain récemment acheté par l'État. Quatre autres lycées seront bâtis (ou rénovés) en partenariat à Londres, Tokyo et Moscou. Une deuxième série de projets sera lancée l'an prochain notamment au Maroc.

Par ailleurs, l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE) a programmé 63 millions euros en 2006 pour des opérations d'extension et de rénovation d'établissements à Tunis, Alger, Bruxelles, Rome, Vienne, Lisbonne, Barcelone... La première pierre du nouveau lycée français d'Ankara a été posée en février. A Dakar, 2 400 élèves (sur 20 000 m²) bénéficieront de la plus importante réalisation scolaire française menée ces 30 dernières années à l'étranger.

Autant d'efforts qui font espérer au Quai d'Orsay l'accueil «de plusieurs milliers d'élèves supplémentaires dans les prochaines années».

Formés à grands frais, ces élèves sont néanmoins trop nombreux à déserter les filières francophones dans l'enseignement supérieur. Une nouvelle agence sera destinée à rendre plus attractives les universités françaises en facilitant leur accès aux étudiants étrangers. Un «guichet unique» – déjà opérationnel en Chine notamment (lire ci-dessous) –, sera progressivement étendu avec pour objectif de mieux prendre en charge l'accueil de ces étudiants, depuis leur orientation jusqu'à la gestion de leur bourse en passant par leurs formalités d'inscriptions et de visa.

Un plan de relance du français – 50 millions d'euros consacrés à la formation de 10 000 professeurs français, dont 3 000 dans les grands pays émergents – sera également dévoilé.

Enfin, Philippe Douste-Blazy portera aujourd'hui sur les fonts baptismaux une «Alliance pour le développement» associant, là encore, les entreprises. Veolia Environnement, Sanofi Aventis et l'Institut Pasteur participeront aux trois premiers projets qui seront lancés à Madagascar (assainissement de l'eau), au Niger (santé en milieu scolaire) et au Vietnam (lutte contre dengue).

«Manque de concertation préalable»

Réponses de la «Maison France» à la mondialisation, ces mesures s'inscrivent dans le droit fil de la «modernisation» engagée par le Quai d'Orsay et dans la «logique de résultats» imposée par le nouveau système budgétaire. Annoncés tambour battant, ces projets n'en laissent pas moins sceptiques certains diplomates qui déplorent un «manque de concertation préalable». Ils s'inquiètent notamment des rapports entre le «réseau» des conseillers culturels (qui dépendent du Quai), et CulturesFrance.

Cette dernière doit être dotée du statut d'Établissement public à caractère industriel et commercial (Epic), ce qui suppose le dépôt d'un projet de loi par ses deux ministères de tutelle (Affaires étrangères et Culture). Une perspective qui risque de se heurter au calendrier législatif surchargé et aux aléas politiques des mois à venir.

En outre, la Culture n'aurait pas apprécié la part prépondérante prise par le Quai dans cette affaire. Des opérateurs déjà chargés de la promotion de la culture française à l'étranger, dans les secteurs du cinéma ou du livre, s'interrogent eux aussi sur leurs futures relations avec CulturesFrance. Le ministre Donnedieu de Vabres ne sera pas présent au Quai d'Orsay ce matin pour fêter la création de la nouvelle agence.


CulturesFrance, nouveau fer de lance du rayonnement artistique

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Marion Thébaud

15 mai 2006, (Rubrique International)

La nouvelle agence, CulturesFrance, élargit le champ de l'association française d'action artistique dont le directeur, Olivier poivre d'Arvor, commente la mutation.

JOUVET dans les années 40, la Comédie-Française et la compagnie Renaud-Barrault furent les foyers du rayonnement culturel français. Simone Valère se souvient encore d'avoir été portée en triomphe après avoir joué au Brésil, et Hector Bianciotti rappelle volontiers qu'il a aimé et appris le français, après avoir entendu la comédienne à Buenos Aires.

Les temps ont changé. Créée en 1922 pour promouvoir le rayonnement culturel, l'Association française d'action artistique (AFAA) a bien naturellement évolué dans ses fonctions. Son directeur Olivier Poivre d'Arvor, attentif à l'image de la France à l'étranger, se veut rassurant. «Je suis sensible aux équilibres concernant le patrimoine culturel français. Protéger la langue française n'est pas notre seul combat. La culture française passe par d'autres codes qui touchent le design ou la mode. Je m'envole demain pour Tel Aviv dans le cadre d'une opération Le printemps français en Israël proposant une exposition consacrée à Christian Lacroix, par exemple. Il faut décloisonner les disciplines et fédérer les moyens dispersés. Mais aider la langue c'est à mon sens aider l'édition, par exemple».

Lien de réciprocité dans les échanges

En clair, il s'agit d'une nouvelle façon de diffuser la culture française à l'étranger. «Nous ne sommes plus à l'époque d'un théâtre français tout puissant représenté par sa première scène nationale et une compagnie prestigieuse, les Renaud-Barrault. L'offre est multipliée par mille. Nous aidons toujours les grandes compagnies comme la Comédie-Française ou Ariane Mnouchkine par exemple, mais nous attendons qu'elles se préoccupent de l'international, qu'elle se donnent les moyens de déclencher les invitations. Vouloir tout attendre de la puissance publique relève de l'assistanat. Bravo à la Comédie-Française d'ailleurs qui a compris la nouvelle donne. Bien entendu, certains centres dramatiques ne peuvent pas tout entreprendre. Nous avons donc l'intention d'établir des conventions avec des grands lieux afin que s'établisse un lien de réciprocité dans les échanges. Par exemple Emmanuel Demarcy-Mota à Reims a mis sur pied un contact avec Porto et Lisbonne. Reims accueillera une saison d'auteurs portugais et le Portugal de son côté invitera la création dramatique française. Même travail, la saison prochaine, à Beyrouth avec le théâtre du Rond-Point animé par Jean-Michel Ribes».

Si les arts de la scène avec ses compagnies de théâtre de rue, comme Royal de Luxe, ou ses circassiens comme les Nouveaux Nez, en juin au Laos, ses artistes inclassables comme James Thierée qui a triomphé cet hiver dans le cadre de l'opération Act French à New York, sont toujours en première ligne en ce qui concerne la diffusion à l'étranger, d'autres secteurs se développent comme celui des arts plastiques.

A la rentrée, Londres avec Paris calling, puis Berlin avec Art Berlin accueilleront une vaste opération regroupant la création contemporaine française. Au programme, une exposition consacrée à Pierre Huyghe au Tate Modern, une rétrospective de la peinture française des années 60 issue de la collection du musée national d'art moderne au Martin Gropius Bau... autant de rendez-vous qui expriment la volonté française de s'exporter.


Paris se mobilise pour former les élites chinoises

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Alain Barluet

15 mai 2006, (Rubrique International)

Pékin a été le premier poste à expérimenter un centre pour les études en France destiné à attirer dans l'hexagone les meilleurs étudiants étrangers.

PARMI les grands pays émergents, la Chine a servi de test pour le renforcement de la diplomatie culturelle. Alors que les étudiants chinois sont deux fois plus nombreux dans les universités allemandes que dans les facultés françaises, un Centre pour les études en France (CEF) a été ouvert à Pékin pour attirer en France les meilleurs étudiants et chercheurs chinois. Un «guichet unique» destiné à conseiller et à aiguiller les Chinois souhaitant poursuivre leurs études supérieures en France a été mis en place.

De même, un collège doctoral franco-chinois a été créé et la coopération scientifique s'est intensifiée dans les domaines de pointe, notamment à l'École centrale de Pékin, au sein de laboratoires substantiellement cofinancés par les entreprises françaises.

Cette dynamique a été favorisée par les années croisées France-Chine. A Paris, la coopération avec le «partenaire stratégique» chinois est présentée comme exemplaire en ce qu'elle associe l'État, les entreprises, les universités et les collectivités locales.

Jacques Chirac à l'automne à Pékin

Dans ce même esprit de partenariat, Philippe Douste-Blazy annoncera ce matin la création d'une bourse «mécénée» par le groupe Thalès (au minimum 10 000 € par personne et par an) grâce à laquelle 24 étudiants chinois (et indiens) de haut niveau seront accueillis en France dès la rentrée 2006.

Par ailleurs, un important programme d'échanges de jeunes va être lancé. Entériné lors de la visite du premier ministre Wen Jiabao en France, en décembre dernier, ce programme sous la forme d'un double échange prévoit l'invitation de 400 jeunes Français en Chine en 2006 et de 400 jeunes Chinois en France l'an prochain.

Ces visites échelonnées se dérouleront par groupes thématiques. Dès le début du mois prochain, 100 jeunes artistes français s'envoleront pour Pékin, Hangzhou et Shanghaï. Ils seront suivis, jusqu'en octobre, par 100 jeunes entrepreneurs, 100 jeunes de la société civile et 100 jeunes scientifiques qui se rendront dans les principales villes du pays.

Là encore, les collectivités locales, les universités et les entreprises françaises ont été sollicitées. A l'automne, Jacques Chirac doit effectuer une visite en Chine. A cette occasion, les autorités chinoises ont souhaité que 20 jeunes responsables politiques français fassent le voyage. Reste à voir si, sur ce thème, la coopération fera école.


Francophonie : incident entre le Sénégal et le Canada

Le secrétaire général de l'Organisation internationale de la francophonie, Abdou Diouf, qui devait participer les 13 et 14 mai dernier au Canada à une conférence internationale, a été soumis à une fouille corporelle à son arrivée à Toronto.

«M. Diouf est ravi d'être arrivé», a affirmé la ministre canadienne de la Francophonie, Josée Verner. À l'aéroport Pearson de Toronto, l'ancien président sénégalais a dû se soumettre à une fouille corporelle après avoir déclenché la sonnerie d'un détecteur de métaux. Les agents de sécurité ont ignoré le statut de chef d'État d'Abdou Diouf. «Je ne ferai pas de commentaires sur cette affaire», a déclaré le secrétaire général de l'Organisation internationale de la francophonie, avant de se rendre à la Conférence ministérielle de la francophonie sur la prévention des conflits et la sécurité humaine. Le gouvernement canadien a, par la suite, multiplié les impairs. Le premier ministre Stephen Harper a annulé une rencontre avec Abdou Diouf. La ministre de la Francophonie n'a pas mesuré la gravité de l'incident et n'a exprimé que de vagues regrets que deux jours plus tard. Si le ministre canadien des Affaires étrangères, Peter Mc Kay, a, dans un français laborieux, assuré que «le Canada trouve cette situation très regrettable», son homologue sénégalais Cheikh Tidiane Gadio, a exigé samedi des «excuses sincères et publiques» de la part de Stephen Harper. Au Canada, les partis politiques d'opposition ont condamné ce mauvais accueil réservé à la francophonie.

Ludovic Hirtzmann