Français langue étrangère et seconde (FLES) :
l'avenir du français langue non maternelle et des professionnels de ce champ

Résolution adoptée par le Congrès 2002
confirmée par le congrès 2004

Depuis les années 80, le SGEN-C.F.D.T. s'est engagé dans la défense des revendications des enseignants et chercheurs impliqués dans le champ du français langue étrangère, tant dans les établissements scolaires et universitaires de France que dans le réseau de coopération où ils assurent des fonctions diverses (au sein des services et établissements de coopération et d'action culturelle comme en qualité d'assistant technique).

Avec d'autres il a pris part aux grandes réformes de cette décennie, concernant la création des filières universitaires de FLE, qui ont permis l'obtention de postes de maîtres de conférences et de professeurs, après celle d'adjoints d'enseignement tout comme l'intégration dans la Fonction publique de beaucoup d'enseignants vacataires y compris d'anciens coopérants durant cette période.

Ce secteur est aujourd'hui partiellement dans une impasse, du fait de plusieurs facteurs restés non traités. Les ministères de l'Éducation et des Affaires étrangères semblent convenir qu'ils doivent œuvrer conjointement pour faire face à l'étranger comme en France aux besoins en langue qui se modifient de plus en plus rapidement mais on se borne pour l'instant au constat.

Alors que les besoins en «FLE/FLS» (1) , (autrement dit «FLES») en France comme à l'étranger évoluent, se transforment, ils restent mal perçus par l'Education nationale quand on considère le statut réservé aux personnels qui dispensent cet enseignement, leur recrutement, la reconnaissance de leurs compétences ou la mauvaise gestion des ressources humaines disponibles dans des établissements publics comme dans des structures associatives assurant des tâches de service public, tant en France qu'à l'étranger. En effet alors que l'Université met sur le marché de l'emploi chaque année, plusieurs centaines de titulaires de maîtrises de FLE, le ministère de l'Education nationale ne tient pas compte dans ses recrutements de ces diplômes pour l'enseignement scolaire en France prétendant qu'il n'y a pas besoin de FLE en France malgré les problèmes rencontrés dans les classes d'accueil et maintient la majorité des nouveaux chargés de cours dans l'enseignement supérieur dans des statuts précaires.

Aujourd'hui il existe pourtant des Français dont le français n'est pas la langue maternelle, tant dans les banlieues de l'Hexagone qu'à Mayotte ou ailleurs. Pour ces publics, les approches propres au Français Langue Maternelle se révèlent peu adaptées alors que les méthodologies FLE/ FLS leur conviendraient mieux. Ne faudrait-il pas du reste plutôt parler dans ces cas de français langue non-maternelle ? En 1999, B. Cerquiglini (2) avait inventorié à la demande du ministère de l'Éducation nationale, soixante-quinze « langues de la France ». Ce nombre a dû augmenter aujourd'hui. Le Français langue étrangère répond donc paradoxalement à des réalités plurilingues nationales aussi bien qu'internationales au sein d'une Francophonie elle aussi plurilingue.

Le SGEN-C.F.D.T. estime donc que les besoins d'enseignants ayant les compétences spécifiques « FLE/FLS » dans l'enseignement scolaire dans l'Hexagone et outre-mer sont suffisamment importants pour que des emplois fléchés «FLES» soient créés et attribués prioritairement à des enseignants ayant la formation correspondante, dans un cadre universitaire traditionnel (formation initiale) comme dans le cadre de la formation continue. Les centres de FLES mais aussi les cursus de formation de professionnels du FLES et les instances impliquées des ministères de l'Éducation nationale et des Affaires étrangères, devront effectivement proposer des solutions.

Si les actions de politique éducative relatives aux langues, en France et hors de France se doivent d'évoluer, ces actions impliquent l'ensemble du système éducatif français (enseignement obligatoire, secondaire, universitaire, professionnel), les collectivités territoriales (enseignements municipaux, actions régionales dans le cadre de la coopération décentralisée), le secteur associatif (langues régionales, actions en direction des communautés nouvellement installées…) ainsi que le dispositif international de politique linguistique à l'étranger et ses partenaires nationaux (systèmes éducatifs, régionaux, universités et institutions de formation des enseignants des pays concernés).

Le SGEN-C.F.D.T préconise donc que la réflexion des pouvoirs publics s'oriente ainsi conjointement dans trois directions : l'enseignement scolaire, l'enseignement supérieur, et les secteurs relevant des Affaires étrangères et de la Coopération

A) Dans l'enseignement scolaire (premier et second degrés) :

Le SGEN-C.F.D.T. de l'Étranger préconise d'engager une concertation sur :

note 2004 : L'action syndicale a contribué à la signature de l'arrêté du 23 décembre 2003 relatif aux conditions d'attribution aux enseignants des premier et second degrés d'une certification complémentaire dans certains secteurs disciplinaires (notamment enseignement du français langue seconde)

note 2004 : Les commissaire paritaires du SGEN-C.F.D.T. agissent dans ce sens même si la modifications des règles de mutations à Mayotte semble échapper à cette logique.

Pour le SGEN-C.F.D.T. de l'Etranger, un tel dispositif serait également utile pour les détachements dans des établissements relevant de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger accueillant de fortes proportions d'étrangers et auprès de structures en coopération (sections bilingues, filières francophones).

note 2004 : Le Plan d'action stratégique de l'AEFE commence (timidement) à prendre compte cette dimension par exemple dans ses action 2 et action 5

Le syndicat ne pense pas néanmoins que la revendication d'un « CAPES FLE » soit adéquate, car son cadre est trop restreint et la compétence « FLE » dépasse le seul second degré. Elle n'est souvent pas suffisante bien souvent pour des postes à plein temps. De plus le FLE/FLES ne concerne pas uniquement l'enseignement du français mais également l'enseignement en français de disciplines non linguistiques (biologie, géographie, mathématiques, sciences physiques, etc.) dans les classes bilingues. Par ailleurs peut-on créer un CAPES simplement pour donner un débouché aux étudiants ?

note 2004 : L'action syndicale a contribué à la signature de l'arrêté du 23 décembre 2003 relatif aux conditions d'attribution aux enseignants des premier et second degrés d'une certification complémentaire dans certains secteurs disciplinaires (notamment enseignement d'une discipline non linguistique en section bilingue)

Dans tous les cas, la spécificité des fonctions FLE devra être respectée, notamment lorsque des professeurs des écoles, professeurs certifiés ou professeurs agrégés (ou assimilés) exerçant dans ces sections sont évalués ou inspectés. Ce qui pose la question d'une mention ou option « FLE/FLS » pour les IEN et IPR, voire à l'Inspection générale.

B) Dans l'enseignement supérieur :

Dans les centres de langues liés aux universités (de statuts divers, département au sein d'une UFR, service commun, association, etc.) l'aggravation de la précarité des statuts des personnels non titulaires, qui effectuent souvent des tâches pérennes d'enseignement, de formation ou de recherche en FLE depuis quinze à vingt ans, n'est pas acceptable.

note 2004 : Il semble que dans certaines universités (Nancy p.ex.) des contrats-types aient été mis au point et doivent être appliqués à compter de la rentrée 2004.

Le SGEN-C.F.D.T. de l'Etranger demande que :

S'agissant des postes d'enseignant-chercheur, la création d'une section spécifique au CNU ne constituerait pas une panacée et la présence du FLE/FLS au sein de différentes sections existantes serait peut-être une meilleure solution pour garantir la présence de la discipline auprès de champs apparentés. Actuellement trop d'ATER se retrouvent sans poste d'enseignant-chercheur au terme de leur thèse.

C) Dans les secteurs relevant des Affaires étrangères et de la Coopération :

Le SGEN-C.F.D.T. de l'Etranger préconise :

Le ministère des affaires étrangères constate pour sa part que même si le français est dans une « dynamique ascendante » dans le monde, son maintien au niveau international dépend des moyens dont les services concernés disposent. Or, force est de constater que ces moyens ne sont pas au rendez-vous.

Le SGEN-C.F.D.T. de l'Etranger considère comme important de souligner que le dispositif à mettre en œuvre ne doit pas viser pas la défense normative de la langue française mais globalement développer une politique cohérente au profit des utilisateurs diversifiés du français, à la fois francophones et non francophones.


1. Français Langue Seconde (ou Français Langue de Scolarisation): français langue non maternelle utilisé comme langue officielle ou d'enseignement soit un français langue étrangère officialisé politiquement. L'appellation FLES, français langue étrangère et seconde rend compte ainsi du fait que le FLS fait partie du champ du FLE.

2. Bernard Cerquiglini : « Les langues de la France» disponible sur Internet : http://www.culture.fr/culture/dglf/lang-reg/rapport_cerquiglini/langues-france.html